L’histoire des Mamanuca se lit à travers des millénaires d’occupations humaines, de voyages maritimes et de rencontres parfois mouvementées avec le reste du monde. Bien avant que ces îles ne deviennent une destination de rêve pour les voyageurs, elles furent le refuge de navigateurs venus de l’ouest du Pacifique. Les recherches archéologiques menées sur Malolo ont révélé des traces d’occupation remontant à environ 1500 av. J.-C., témoignant de l’installation précoce de communautés austronésiennes.
Dans la tradition orale fidjienne, le peuplement de la région est lié à une légende fondatrice. On raconte que de grands canoës de guerre, menés par le chef Lutunasobasoba, auraient accosté sur les côtes fidjiennes il y a plus de 3 000 ans. Les passagers de ces embarcations auraient apporté avec eux non seulement des savoirs de navigation, mais aussi des coutumes, des chants, et une organisation sociale structurée autour des clans et des chefs. Cette vision mythique imprègne encore aujourd’hui la manière dont les habitants envisagent leur lien à la mer et à la terre.
Pendant des siècles, les Mamanuca restent relativement isolées, vivant au rythme des saisons et des échanges limités avec les autres îles fidjiennes. Les récifs et courants alentour dissuadent les intrus, et seules les pirogues traditionnelles relient les communautés entre elles. Ce relatif isolement prend fin à la fin du XVIIIᵉ siècle. En 1789, l’explorateur britannique William Bligh, célèbre pour avoir survécu à la mutinerie du Bounty, traverse l’archipel lors de sa fuite en canot vers Timor. Ses cartes mentionnent la zone sous le nom de Bligh Water, souvenir de ce passage périlleux.
Le XIXᵉ siècle marque le début d’un contact plus soutenu avec l’Occident. Des navigateurs, baleiniers et commerçants font escale dans la région. Mais ces rencontres ne sont pas toujours pacifiques. En 1840, un événement tragique se déroule sur Malolo : deux officiers américains, venus avec l’expédition du commodore Wilkes, sont tués lors d’un échange qui dégénère. En représailles, une expédition punitive incendie les villages et cause la mort de 87 insulaires. Ce que l’on appellera plus tard le massacre de Malolo reste un épisode marquant, symbole de la résistance et des tensions de cette époque.
En 1874, les Fidji passent sous souveraineté britannique. Certaines îles des Mamanuca sont alors transformées en plantations de coton ou de cocotiers. Malolo Lailai, par exemple, devient une exploitation agricole appartenant à une société européenne. Les communautés locales voient leurs terres et leurs habitudes modifiées par l’introduction de nouvelles cultures, de nouvelles règles, et par la présence d’Européens et de travailleurs venus d’autres régions.
Lorsque les Fidji obtiennent leur indépendance en 1970, l’archipel s’apprête à vivre une nouvelle transformation, cette fois portée par le tourisme. La proximité de Nadi et la beauté des lagons attirent rapidement les premiers complexes hôteliers. Dans les années 1970, certaines terres agricoles sont converties en resorts, et des îles entières se consacrent à l’accueil des visiteurs. L’image des Mamanuca commence alors à se diffuser à l’international, notamment grâce aux campagnes de Tourism Fiji.
La culture populaire joue aussi son rôle. En 2000, l’île inhabitée de Monuriki devient célèbre en servant de décor principal au film Seul au monde (Cast Away) avec Tom Hanks. Plus récemment, depuis 2016, l’archipel accueille plusieurs saisons de la version américaine de Survivor, exploitant ses paysages spectaculaires et son isolement relatif.
Aujourd’hui, les Mamanuca sont à la fois un espace habité, avec ses traditions vivantes, et une destination internationale. Leur héritage culturel ne se limite pas aux légendes ou aux vestiges historiques : il se manifeste aussi dans la manière dont les habitants accueillent les visiteurs, dans la transmission des savoir-faire artisanaux, et dans l’importance accordée à la mer comme source de vie et de lien. Les récits, les chants et les gestes d’aujourd’hui prolongent ceux des ancêtres, maintenant un fil invisible entre le passé et le présent.